Les 24 prunelles



"Les femmes et les enfants, c'est pas facile à gérer", c'est le directeur d'école qui le dit, quand, après avoir été la cause de l'accident de leur maîtresse (lors d'une séquence drôle et émouvante), les douze bambins du titre se mettent à pleurer ("comme des veaux") à l'annonce qu'elle ne pourra plus leur faire la classe.
Kinoshita ne distribue pas ses gros plans à la légère. Il y en a très peu au début du film. Difficile effectivement de gérer ces vingt quatre prunelles, difficile d'en isoler deux. Difficile de filmer le Japon en gros plan. Aussi, la caméra de Kinoshita préfère filmer les bambins en plans d'ensemble. La maîtresse d'école (Hideko Takamine, dont c'est l'un des plus beaux rôles) n'a pas de traitement de faveur.
Puis les destins individuels se profilant, une jeune fille qu'on envoie trimer dans une autre famille, une autre qui souhaite devenir chanteuse, les garçons qui désirent s'engager dans l'armée (parce que c'est la seule voie du Japon d'alors et qu'ils ne sont pas des poules mouillées), Kinoshita resserre les liens.
A travers le destin de ces douze bambins (la plupart n'auront pas la vie souhaitée), et en donnant la parole à cette maîtresse d'école dont l'humanité débordante conduit à une attitude anti-militariste (attitude très mal vue dans le Japon en quête de chair à canon), Kinoshita dresse un pamphlet éminemment humaniste contre le Japon confié aux militaires, contre la chasse aux sorcières "rouges", contre l'embrigadement de ses enfants.
De Melle Petit Caillou, surnom qui lui était donné par les bambins du début, elle deviendra Mme Grosses larmes à la fin, surnom donné après la guerre par ses nouveaux élèves, en raison des larmes qu'elle ne cessera de verser après avoir appris, en se recueillant sur leurs tombes, la mort de plusieurs de ses anciens écoliers, lorsqu'elle apprendra aussi que certains de ses nouveaux élèves sont les enfants des prunelles d'autrefois, lorsque les survivants, après lui avoir offert un précieux cadeau, lui organiseront de chaleureuses et émouvantes retrouvailles au cours desquelles il sera à nouveau question de la photo représentant les 24 prunelles avec leur maîtresse et ses béquilles. Une photo à laquelle tous les personnages se raccrocheront tout au long de leur vie. A l'image de la jeune tuberculeuse annonçant, lors d'une scène bouleversante, sa mort prochaine à "sa" maîtresse venue lui rendre visite et à celle, sans nul doute, des prunelles parties sur le front. Au moment de les fermer pour toujours.

1 commentaire:

Nathako a dit…

Merci pour ces découvertes, je prends note :-)